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Article du Nouvel Obs

 

Les grandes déclarations ministérielles n'ont pas entrouvert d'un iota le carcan élitiste des prépas. (Le Progrès/MaxPPP)

Au début, on n'y croit pas, on pense avoir mal lu. Mais, au détour de la note 12.02 des services statistiques du ministère de l'Enseignement supérieur, le verdict tombe. En une décennie, l'origine sociale des élèves de classes préparatoires n'a pas bougé d'une virgule. Ouverture aux bacheliers de milieux défavorisés: néant. "En 2001, 51% d'élèves en CPGE (classes préparatoires aux grandes écoles) étaient issus d'un milieu favorisé et 12% étaient enfants d'ouvriers, d'inactifs ou de retraités. Dix ans plus tard, la proportion reste inchangée." 

Les grandes déclarations ministérielles, les multiples opérations n'ont pas entrouvert d'un iota le carcan élitiste. Ce raté tranche singulièrement avec les discours triomphants des responsables de ces dispositifs supposés favoriser l'égalité des chances. Ainsi, l'Essec vient de célébrer à grands roulements de tambour le dixième anniversaire de son programme "Une grande école: pourquoi pas moi?", fondé sur l'accompagnement de lycéens de milieux modestes par ses étudiants. L'école s'enorgueillit d'avoir, dit-elle, fait "bouger les lignes" et permis de "rétablir une certaine égalité des chances dans l'enseignement supérieur". Preuves à l'appui, avec une étude menée auprès des 500 bénéficiaires en dix ans. Ceux-ci seraient deux fois plus nombreux aujourd'hui à oser une candidature en prépa et doubleraient leurs chances de réussite à différents "concours sélectifs" face à un "échantillon témoin" de lycéens de même catégorie sociale.

Des initiatives marginales

Autre satisfecit, celui de Pierre Mathiot, directeur de l'IEP de Lille, à l'initiative d'un autre programme en 2006 qu'il juge tout simplement "exemplaire" dans un entretien avec l'agence AEF. Il estime avoir apporté la preuve que "dès lors que tout le monde est accompagné, la réussite est possible". Et d'offrir son savoir-faire en la matière aux universités. Quel décalage avec la réalité des chiffres !

L'Inspection générale, elle, est moins enthousiaste. Invitée à se pencher sur le succès des Cordées de la Réussite, une opération plus vaste fondée sur le même principe et désormais chapeautée par le ministère de l'Enseignement supérieur, elle conclut à "une réalité qui navigue entre réussites convaincantes et égarements ambigus, entre rigueur et confusion dans le pilotage". Quoi qu'il en soit, ces initiatives demeurent marginales dans les chiffres et se heurtent à un mouvement inverse : une compétition de plus en plus violente entre étudiants à l'entrée des formations les plus prestigieuses, où l'argent a largement sa part : stages, coaching, prépas privées, petits cours onéreux.

A Sciences-Po, par exemple, Richard Descoings avait, le premier, jeté un pavé dans la mare en créant un dispositif d'ouverture sociale, aujourd'hui encore très décrié, pour des lycéens de ZEP admis dans l'école sans passer le concours. Dix ans plus tard, la part d'étudiants d'origine modeste est là aussi inchangée. Mais "sans les conventions d'éducation prioritaire, leur proportion aurait chuté", estime Vincent Tiberj, chercheur à Sciences-Po.

Tour de passe-passe comptable

Et quid du fameux objectif de 30% de boursiers en classes prépas, adopté après les émeutes d'octobre 2005? "Le soulèvement d'une partie des jeunes de cité en France a eu pour conséquence non pas d'améliorer leur sort mais de contraindre les élites à se pousser pour faire un peu de place à leurs côtés", selon Paul Pasquali, jeune doctorant en sociologie, qui s'apprête à boucler sa thèse sur ces politiques. Sauf que, là encore, c'est raté.

Oui, depuis 2001, la proportion de boursiers s'est accrue en prépas, mais moins qu'ailleurs, révèle encore la note 12.02 du ministère: +6% contre +8% en moyenne. Encore s'agit-il d'un pur tour de passe-passe comptable sans effet sur l'ouverture sociale. En 2008, Valérie Pécresse, alors ministre de l'Enseignement supérieur, a modifié le barème d'attribution des bourses en créant l'"échelon zéro": ses bénéficiaires ne touchent pas un centime mais sont simplement exonérés des frais d'inscription dans l'enseignement public. Cinquante mille nouveaux boursiers "issus de familles dont les revenus peuvent dépasser 2 700 euros net mensuels", note Paul Pasquali, sont ainsi mécaniquement venu grossir les statistiques. Les inégalités ont encore de beaux jours devant elles.

Source: le nouvel observateur: http://tempsreel.nouvelobs.com/education/20130221.OBS9561/classes-prepa-zero-pointe-en-ouverture-sociale.html

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